mardi 3 février 2015

COLLINET père et fils, virtuoses du flageolet au XIXième siècle.

La découverte d'un beau flageolet en ébène et ivoire, sans clé d'un certain COLLINET nous a incité à faire des recherches sur ce facteur ou marchand ?

C'est un très grand flageolet puisqu'il mesure : longueur totale 506 mm et longueur du sifflet à l'extrémité inférieure 312 mm. La note obtenue tout ouvert est Si (440) et Si (octave inférieur) tous les trous bouchés.


Il porte la marque Collinet.
En fait, le père Edmé COLLINET et le fils Hubert COLLINET étaient très connus dans la première moitié du XIXe siècle comme virtuoses du flageolet.
Edmé COLLINET est né à Semur en Auxois en Côte d'or le 10 novembre 1765. Son père Edmè COLLINET (1741-1798) était perruquier à Semur. On ne sait pas si le jeune Edmé jouait de la flûte à Sémur, mais lors de son mariage le 22 avril 1793 avec Reyne JUBIN (1767-?) il se déclare perruquier. 
Signatures de Edmé Collinet et de son épouse à leur mariage
Son fils Hubert COLLINET est né lui aussi à Semur en 1797. En 1798 après la mort du père d'Edmé COLLINET toute la famille est "montée à la capitale" puisque l'on trouve dans les archives de Paris la naissance de Charles COLLINET le 26 novembre 1808, baptisé à l'église Saint Eustache.
François Joseph FETIS nous explique dans sa biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique : "....Edmé COLLINET fut d'abord admis comme flûtiste au théâtre des Variétés, puis se livra à l'étude du flageolet, perfectionna cet instrument en y ajoutant des clefs et parvint à en jouer avec une habileté inconnue avant lui. Julien CLARCHIES, directeur pour orchestres de contredanses, engagea COLLINET à appliquer son instrument à ce genre de musique. Le succès et bientôt la vogue dont il jouit fut elle qu'on ne voulait plus danser à Paris qu'au son du flageolet de COLLINET".
Ecoutez Jean Claude BEAUMADIER au flageolet.
Reine JUBIN première épouse d'Edmé COLLINET décède vers 1810 ; ce dernier se remarie le 17 juillet 1817 à Paris avec Marie Madeleine DUBOIS. Cette même année il figure dans l'annuaire Bottin : "Collinet : Marchand de musique 90 rue Saint Honoré".
Flageolet à deux clés du musée de la Couture Boussey.
De 1820 à 1825 il figure régulièrement dans le Bottin de Paris. " Collinet, flageolets d'orchestre, 90 rue Saint Honoré" et "Collinet, marchand de musique, directeur des orchestres des bals du Duc de Berry, professeur de flageolet et musique, tient des contre-danses connues sous le nom de soirée de famille, pour piano, violon, guitare, flûte, flageolet etc..., 90 rue Saint Honoré".
L'art de danser édité par Collinet.
Le XIXè siècle est très festif. En 1790 il y avait environ quatre cents bals à Paris. L'aristocratie et la bourgeoisie organisaient de nombreux bals dans leurs hôtels particuliers. On y pratiquait la contre danse c'est à dire la "country danse" d'origine anglaise introduite en France au XVIIIè siècle, dans laquelle les danseurs se positionnaient en cercle ou sur deux lignes en vis-à-vis et exécutaient des figures définies très élaborées. Il fallait selon certains auteurs deux ans de pratique avant de pouvoir s'y intégrer. Au début du XIXè né le quadrille, forme simplifiée de cette contredanse qui fera fureur pendant ce siècle. On peut citer le quadrille français composé du Pantalon, l'Eté, la Poule, la Pastourelle, le Galop, le fameux quadrille des lanciers, le quadrille des variétés parisiennes.

En 1830 Edmé COLLINET, père continue son activité : "Collinet, flageolet 4 place de l'oratoire du Louvre au coin de la rue du Coq" et "Collinet direction des orchestres des bals de la cour et de la ville, et instruments, contredanses nouvelles, musiques de flageolet", apparait le fils comme marchand de musique : "Collinet fils N°37 rue Saint Augustin", mais aussi comme artiste jouant du flageolet dans les orchestres célèbres de l'époque. Voilà ce qu'en dit Fétis : " Hubert Collinet a surpassé son père dans l'art de jouer du flageolet. Il y a dans son jeu plus de goût, plus d'élégance, sinon plus d'habileté dans l'exécution des traits difficiles. Il joue les solos de flageolet dans le bel orchestre de danse organisé par Mr Musard, et dans les bals de la cour. Il est aussi marchand de musique et d'instruments".
Portrait de Philippe Musard
Philippe MUSARD (1792-1859) est un des plus illustres représentants de la musique festive de danses de Paris au XIXè. La première partie de sa carrière a pour cadre Londres où il dirige des concerts promenades et dirige les orchestres des bals de la reine Victoria. Il poursuit sa carrière en France où il est surnommé "le roi du quadrille", "le Napoléon du quadrille". Il remporte un grand succès durant le carnaval de Paris, aux bals de l'opéra. Ses orchestres comptent jusqu'à cent musiciens et des solistes réputés comme DUFRESNE au cornet, COLLINET au flageolet.
Musique composée par Musard.



 A cette époque des concerts MUSARD, Hubert COLLINET est une "vedette" et Jean Pierre DANTAN (1800-1860), sculpteur surtout connu pour ses portraits-charges de personnages connus de l'époque (Paganini, Tulou, Musard etc...), en avait fait un portrait peu flatteur.  
Cette caricature était atténuée par quelques "billets" plus réalistes.
Article de presse.
Pendant ce temps, son père Edmé COLLINET se consacrait à son travail d'édition de musique pour flageolets et contredanses. " Collinet, flageolets, quadrilles par abonnement au journal de la contredanse pour piano, duo, septuor, et orchestre, musiques nouvelles pour flageolet et piston, méthode genre moderne pour violon, flûte, flageolet, clarinette, piston, guitare etc...rue du Coq Saint Honoré 4 au premier".
Il existe peu d'instruments portant la marque Collinet ; outre les deux flageolets déjà décrits nous connaissons une clarinette du musée de La Couture et une flûte de la collection Dayton Miller.
Clarinette à six clés du musée de La Couture.
Flûte à 1 clé portant la marque de Collinet. (D.C.M.)
Mais Edmé COLLINET était simplement revendeur car dans l'inventaire après décès que nous avons trouvé aux Archives Nationales de Paris (Maître BOUCLIER MC/RE/LXVI/28), il devait 150 frs 50 à BUFFET CRAMPON, 113 frs 60 à VUILLAUME, 437 frs 65 à MARTIN frères, 30 frs à GUICHARD. D'ailleurs dans l'inventaire de son appartement 11 rue Vavin et de son magasin 4 rue du Coq, il n'est signalé qu'un flageolet dans son appartement. Sa boutique n'était consacrée qu'à l'édition musicale. Au niveau de l'anecdote, le commissaire priseur chargé de cet inventaire était assisté de Jean Jules JANET, marchand de musique N°47 rue Vivienne (Janet frères éditeurs de musique), et Jean Etienne MASSET marchand de musique N°40 rue Vivienne.
Car Edmé COLLINET est décédé le 18 décembre 1841 dans son appartement du 11 rue Vavin;
Son fils Hubert pour toute la succession se fera représenter par son épouse Thomassine Antoinette BYRNE avant de renoncé finalement à son héritage au profit de sa belle-mère.
A cette époque il habitait à Londres N°32 Exenton Street, Hay Marked, car depuis 1941, il avait rejoint l'orchestre de Louis Antoine JULLIEN (1812-1860), compositeur et chef d'orchestre, rival de MUSARD, et qui avait du quitter Paris à la suite de problèmes financiers.
En 1853 l'orchestre de JULLIEN part pour une tournée aux États Unis, et triomphe à New York. COLLINET fait partie de l'orchestre qu'il ne quitte qu'à la fin en 1859 lorsque JULLIEN rentrant à Paris se fera arrêter pour faillite et sera mis en prison.

Hubert COLLINET est décédé à 70 ans à l'hôpital Fernand Widal, le 22 juin 1867. Il habitait à cette époque au N°20 rue Lacépéde, son épouse quant à elle vivait au 66 rue Truffaut.


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