mercredi 5 janvier 2011

Christian STECKLER (1746 - 1838) facteur de piano-forte à Metz.


Deux articles récent, parus dans "Musique, Images, Instruments" évoquent la Lorraine. L'un écrit par Jean Claude BATTAULT : "Les facteurs de pianoforte des provinces de France, 1760 - 1820", évoque un facteur messin du nom de STECLER dont on ne connaît pas grand chose et peu d'instruments. L'autre, écrit par Joël DUGOT : "Sonorités inouïes : la nouvelle harpe de Messieurs Krumpholtz et Nadermann " traite de la contribution d'un célèbre harpiste tchèque, Jean Baptiste KRUMPHOLTZ à l'amélioration de la harpe. Cet harpiste était marié à Anne Marie STECKLER, elle aussi harpiste.
Quels sont les liens entre ces deux articles : la famille STECKLER de Metz et de plus nous avons trouvé dans nos recherches un document, écrit par Henri TRIBOUT de MOREMBERT (1912 - 1976) : "Une Virtuose de la harpe au XVIII° siècle : Anne Marie STECKLER" qui raconte la vie tumultueuse de ce couple.

Nous mettrons " entre guillemets" les passages (nombreux) extraits de ce document.
Christian STECKLER est né à Haute Vigneulles (57) le 7 août 1746. Il est le fils de Christophe STECKLER (1711 - 1868) tailleur de pierre et de Christine COLLIN (1707 - 1766). Son grand père Joseph STECKLER (1688-1719), charpentier s'était installé à Bambiderstroff (57)après avoir quitté son village de " Laufeneeg à 4 kilométres d'Oberstaufen en Bavière". Compagnon menuisier, Christian STECKLER épouse à Haute Vigneulles le 12 novembre 1765 Marie BAILLON. " En 1770 il quitte son village pour s'établir à Metz, d'abord comme menuisier puis en 1776 comme luthier. Il est vraisemblable qu'il apprit le métier chez Simon GILBERT, (1718 - 1782) maître luthier et musicien messin, dont le père Louis Nicolas GILBERT (1682 - 1750) était lui aussi maître luthier.
C'est d'ailleurs la fille de Simon GILBERT, Marguerite GILBERT (1742 - 1783) que Jean Baptiste KRUMPHOLTZ épousera en première noce. Cette famille GILBERT était fort connue et avait des relations d'affaires avec le luthier parisien Louis GUERSAN (1700 - 1770), et fabriquait et commercialisait des instruments de haut de gamme (on pouvait acquérir dans leur boutique des Stradivarius). Dans l'atelier de Simon GILBERT, en Fournirue on trouve en 1783 : établis, tours à bois, tours à filer des cordes et des boyaux, scies, marteaux, pinces, rabots, étaux, ciseaux, limes, vis et chevilles, clefs de harpes, crin pour archets, marteaux de claviers, planches de bois, colle, colophane, vernis...et une grande variétés d'instruments achevés ou non (Turlutaines, épinettes, altos, violons, vielles, guitares, mandolines, musettes, clavecins, harpes......(Marion Duvigneau : " A quatre temps : la musique en Moselle des origines à nos jours" ADS de Moselle 2002)

Jean Baptiste KRUMPHOLTZ : portrait présumé.
 Musikinstrumenten-Museum de Berlin

" Les 7 enfants de Christian STECKLER, cinq garçons et deux filles, qui naîtront sur quatre paroisses différentes jusqu'en 1782, indiquent que leur père changea souvent de domicile. Le commerce est si florissant que Christian cherche constamment des locaux plus vastes. De 1799 à 1813, il se fixe au 419 en Fournirue, dans une maison appartenant à sa belle soeur, la veuve Cantelle. Il fabrique surtout des clavecins et même des clavecins à maillets, qu'on appellera bientôt des piano-forte".
C'est en 1813 qu'il abandonne son métier, il s'installe d'abord à la campagne, puis on le retrouve en 1819 au 31 en Fournirue à Metz. Il meurt à Paris le 14 février 1838, au 43 rue de Lille."Est-il étonnant qu'avec un tel père, les enfants aient brillé à leur tour dans la musique ? L'un, Nicolas STECKLER né à Metz le 28 octobre 1771, fut musicien militaire et figura en cette qualité au début de l'Empire, à la 109° demi-brigade de ligne ; l'autre, Anne Marie STECKLER a laissé un grand nom dans la musique française".

                               Ecoutez la musique de Jean Baptiste KRUMPHOLTZ

"Née à Haute-Vigneulles le 10 octobre 1766, elle avait à peine quatre ans lorsqu'elle vint se fixer à Metz avec ses parents. Très douée pour la musique, elle eut la bonne fortune d'être remarquée par Jean Baptiste KRUMPHOLTZ". Johann Baptist ou Jan Krtitel KRUMPHOLTZ est né à Budenice prés de Zlonice (près de Prague) en Bohême le 3 mai 1742. Fils d'un chef de musique d'un régiment français, hautboïste de Prague et d'une mère harpiste, il apprend la harpe (après le cor) à Vienne et après avoir voyagé à travers l'Europe, il est recommandé à Haydn en 1771 et qui l'accepte comme élève en 1773. Il entre comme harpiste à la Chapelle des princes Esterhazy et voyage à partir de 1776 dans toute l'Europe et en France où il acquiert une réputation de virtuose de la harpe. C'est sans doute, aprés avoir donné un concert à Metz qu'il décide de faire un séjour dans l'atelier de Simon GILBERT, pour travailler sur la facture d'instruments ; c'est au cours de ce séjour qu'il fera la connaissance de ses deux épouses, la premiére Marguerite GILBERT (1742 - 1783), la fille de Simon qu'il épousera en 1778 (dont il eut un fils Pierre Joseph Victor KRUMPHOLTZ qui sera aussi harpiste) et qui décédera en couches vers 1782 - 1783 et Anne Marie STECKLER, fillette de 10 ans particulièrement douée pour la harpe et qu'il prendra sous son aile. "Le musicien arriva dans la capitale le 14 février 1777, sa protégé fait partie du voyage. Elle avait à peine treize ans, lorsqu'elle se fit entendre à Paris en décembre 1779 devant Marie Antoinette au cours d'un concert spirituel. En 1781, on la retrouve à Metz, où elle donne cinq concerts à l'hôtel de ville, de janvier à juillet".

 
"C'est vraisemblablement en février ou en mars 1783, que l'éléve épousera le maître "veuf" en l'église Saint Roch". Il a 24 ans de plus qu'elle. " Le ménage KRUMPHOLTZ ne compte plus ses succés. Lui, demeure un habile compositeur, et son enseignement est trés rechercher, on peut dire qu'il a formé tous les harpistes français de son époque ; elle est une artiste hors pair dont le talent d'exécution, bien supérieur à celui de son mari, excitait la plus vive admiration".
Ils eurent trois enfants : Louis Armand KRUMPHOLTZ né en 1783, Charlotte Esprit KRUMPHOLTZ née en 1785, Antoine Philippe KRUMPHOLTZ né en 1787, tous baptisés à l'église Saint Roch à Paris. "Jean Baptiste KRUMPHOLTZ, travaille constamment à perfectionner son instrument. Le 21 novembre 1787, il présente à l'Académie des sciences une harpe construite sur ses indications par le facteur NADERMANN. Elle comporte deux pédales, l'une pour augmenter ou diminuer les sons, l'autre qui plaçait une sourdine sur les cordes. C'est cette harpe que Sébastien ERARD perfectionnera encore en 1811 en créant la harpe à double mouvement".
(En tête de l'article : harpe Nadermann vendue chez Christie's)

"1788 marque un tournant dans la vie d'Anne Marie STECKLER. Elle se laisse séduire par le célébre pianiste Jean Louis DUSSEK (1760 - 1812), avec qui depuis plus de deux années elle s'était produite dans des duos pour harpe et piano. Ils s'enfuis à Londres où ils donnerons de nombreux concerts". (il était nettement plus séduisant jeune, que sur le document de You tube)
Portrait de Jean Louis DUSSEK;
"KRUMPHOLTZ, aprés avoir essayé de la reconquérir, fut dévoré de chagrin et se jeta dans la Seine du haut du Pont Neuf le 19 février 1790. Mais DUSSEK, oiseau volage, se lassa vite de sa conquête et s'éprit, en 1792, de Sophia CORRI, une jeune chanteuse, pianiste et harpiste de 18 ans".
Anne Marie STECKLER était encore à Londres en 1802. Aprés cette date, on n'entend plus parler d'elle, mais on sait qu'elle demeure en Angleterre......peut être à l'ile Maurice où l'on retrouve la trace de son fils Antoine Philippe KRUMPHOLTZ, notaire qui épouse à Port Louis à l'ile Maurice, le 13 mai 1812 Marie Aglaë MARTINET.

Une rue de Metz, porte son nom....mais c'est une impasse.

Si vous avez des infos.....elles sont bienvenues.
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